Proche-Orient : vingt ans sans Yitzhak Rabin


Il avait ouvert la voie à une réconciliation historique avec les Palestiniens en signant les accords d’Oslo avec Arafat. Mais son assassinat par un extrémiste juif le 4 novembre 1995 a ruiné les espoirs de paix. Et laissé la gauche israélienne orpheline. Portrait-itinéraire d’un chef de guerre mué en leader visionnaire.
C’est au côté de sa compagne, Leah, disparue en 2000, que Yitzhak Rabin repose, dans le carré des « grands de la nation », au cimetière du mont Herzl, à Jérusalem. Mais depuis vingt ans c’est à Tel-Aviv que les dépositaires de son héritage politique honorent sa mémoire. Chaque année, vers la fin octobre, correspondant à la date de sa mort selon le calendrier hébraïque, des dizaines de milliers d’Israéliens se rassemblent dans la désormais mythique place Rabin, là même où l’ancien Premier ministre a prononcé son ultime discours avant d’être abattu par Yigal Amir, un étudiant d’une école talmudique.
« Nous sommes engagés sur un chemin semé d’embûches et de douleur. Pour Israël, il n’est pas de chemin sans douleur. Mais la voie de la paix est préférable à celle de la guerre », avait-il lancé à la foule quelques minutes plus tôt, sans se douter qu’il serait le premier à payer cette prémonition. Depuis ce tragique 4 novembre 1995, le « camp de la paix » s’est progressivement éteint, miné par l’avènement au pouvoir de la droite et par le terrorisme.

Les années de jeunesse

Yitzhak Rabin voit le jour le 1er mars 1922, à Jérusalem, alors que la Palestine se trouve sous mandat britannique. Originaires de Biélorussie, ses parents, Rosa et Néhémia Roubitsov, y avaient émigré au lendemain de la Première Guerre mondiale. Yitzhak porte le prénom de son grand-père maternel, un rabbin opposé au mouvement sioniste. Sa mère, Rosa, avait abandonné le monde orthodoxe pour adhérer à l’idéologie socialiste. Dans les années 1920, « Rosa la rouge » – son surnom – intègre les rangs de la Haganah, l’armée juive clandestine, qui prendra une part importante dans la création de l’État d’Israël.
À 16 ans, le jeune Yitzhak entre au lycée agricole Kadouri, où il se spécialise dans les techniques d’irrigation. Mais la première grande révolte arabe, de 1936 à 1939, entraîne la fermeture de l’établissement. La Haganah en profite pour initier les jeunes au maniement des armes. « À l’âge des premières amours, racontera-t-il plus tard, on m’a mis dans les mains un fusil pour que je me défende et aussi, malheureusement, pour tuer. » En 1941, il rejoint la section Palmah de la Haganah, une unité rattachée à l’armée britannique et engagée alors dans les combats contre les troupes allemandes. Après la guerre, en 1947, à l’issue d’une formation au kibboutz Ramat Yochanan, près de Haïfa, il accède au rang d’officier. Un an plus tard, il épouse Leah Schlossberg, dont la famille avait fui les persécutions à Königsberg [la future Kaliningrad], en Prusse-Orientale.

De la Haganah à Tsahal

Quand éclate le premier conflit israélo-arabe, en 1948, Rabin commande les opérations de la section Palmah et n’a que 26 ans. Il se distingue, avec l’unité Harel, en brisant le blocus imposé à la population juive de Jérusalem par la Légion arabe. Le 22 juin, le navire Altalena arrive au large de Tel-Aviv avec d’importantes quantités d’armes et de munitions. Il est affrété par l’Irgoun, un mouvement dissident dirigé par Menachem Begin, futur chef de file de la droite israélienne. Craignant un putsch militaire, comme il le confie dans son livre autobiographique, Carnets de bord, Rabin ordonne à ses hommes de faire couler le bateau. L’attaque fait 16 morts et reste considérée comme l’une des pages sombres de l’indépendance de l’État hébreu.
Téméraire, il gravit rapidement les échelons au sein de l’armée. En mai 1967, les forces égyptiennes pénètrent dans le désert du Sinaï et ferment le détroit de Tiran. Rabin, devenu général, y voit un casus belli. Faisant fi des critiques de ses proches, qui l’accusent de précipiter le pays dans la guerre, il déclenche, le 5 juin au matin, l’opération Drap rouge, que les historiens rebaptiseront la guerre des Six-Jours. Après s’être emparées du Sinaï égyptien, du Golan syrien, de Gaza et de la Cisjordanie, les forces israéliennes conquièrent la partie orientale de Jérusalem. Le 7 juin, le général Rabin se présente devant le mur des Lamentations après avoir arpenté, triomphant, les ruelles de la vieille ville.

L’homme politique

Quelques mois après cette offensive éclair, pensant qu’il a durablement éloigné toute menace aux frontières d’Israël, Rabin accepte un poste d’ambassadeur aux États-Unis. Son charisme séduit Golda Meir, qui souhaite en faire son successeur à la tête du Parti travailliste. Gravement mise en cause après la guerre du Kippour, en 1973, « la Dame de fer » cède sa place à Rabin, lequel devient, le 2 juin 1974, au terme d’une ascension politique fulgurante, le cinquième Premier ministre de l’État hébreu. Trois ans plus tard, la révélation de l’existence d’un compte bancaire en dollars au nom de son épouse, ce qui est interdit à l’époque par les autorités monétaires, l’oblige à quitter ses fonctions.
Son bilan est mitigé : longtemps hésitant, il avait fini par avaliser, en 1975, un accord intérimaire avec l’Égypte qui aboutira à la signature du traité de paix de Camp David. Sur le plan intérieur, il n’est pas parvenu à redresser une économie en récession. En 1977, pour la première fois depuis la création de l’État d’Israël, la gauche perd les législatives. Rabin décide de se retirer de la vie politique.
À cette époque, s’il reste encore perçu comme un faucon « modéré », intraitable dans sa gestion des affaires sécuritaires, le Premier ministre sortant se démarque de la droite en critiquant très durement l’émergence de la colonisation sous l’impulsion du Goush Emounim (« bloc de la foi »), premier avatar de la mouvance sioniste religieuse. Dans un enregistrement datant de 1976, il déclare que les implantations juives sont « comparables à un cancer » et prévient que son pays risque de devenir un État d’apartheid s’il annexe la bande de Gaza.
En 1987, Rabin est confronté à la première Intifada. Sa réaction est d’abord répressive, puisqu’il menace de « briser les os des émeutiers »
En 1984, il fait son grand retour en acceptant d’entrer dans un gouvernement d’union nationale codirigé par Shimon Peres, qu’il a toujours considéré comme un rival, et Yitzhak Shamir, leader de la droite. Ministre de la Défense, il ordonne le retrait du Liban, à l’exception d’une étroite zone de sécurité à la frontière nord d’Israël. En 1987, Rabin est confronté à la première Intifada. Sa réaction est d’abord répressive, puisqu’il menace de « briser les os des émeutiers ». Mais l’ampleur du soulèvement le convainc qu’un règlement politique est aussi urgent qu’indispensable. Son retour à la tête du gouvernement, en juin 1992, lui donne l’occasion d’entrer dans l’Histoire.

À la paix, à la mort

Dès son élection, profitant de l’élan suscité par la conférence de Madrid un an plus tôt, à laquelle s’était rendu à reculons son prédécesseur, Yitzhak Shamir, pressé par le président américain George H. Bush, Rabin accepte l’ouverture de pourparlers secrets en Norvège. Le 13 septembre 1993, la signature à Washington des accords d’Oslo scelle le processus politique devant aboutir au règlement définitif du conflit israélo-palestinien. Cette déclaration de principe accorde un statut d’autonomie aux Palestiniens et prévoit un retrait des territoires occupés échelonné sur cinq ans. Le 4 mai 1994, l’accord de Jéricho-Gaza détermine les prérogatives de l’Autorité palestinienne.
À l’époque, les observateurs retiendront cette phrase, prononcée devant le Congrès américain : « Moi, général Yitzhak Rabin, matricule 30743, soldat de Tsahal et de l’armée de la paix, moi qui ai envoyé des bataillons au feu et des soldats vers la mort, je vous dis ici : nous entamons aujourd’hui une guerre dans laquelle il n’y a pas de tués ni de blessés, une guerre dans laquelle il n’y a pas de sang ni de douleur. C’est la seule guerre à laquelle on aspire à participer : la guerre pour la paix. »
Dans le même temps, Rabin s’attelle à normaliser les relations d’Israël avec le monde arabe. En octobre 1994, un traité de paix est signé avec la Jordanie du roi Hussein, son ami. Le Premier ministre israélien engage également des négociations plus houleuses avec la Syrie de Hafez al-Assad. En 1995, les parties parviennent à tracer les contours d’un futur règlement. Certains pays du Maghreb et du Golfe acceptent de nouer des relations diplomatiques avec l’État hébreu.
Mais, de part et d’autre, les adversaires du processus d’Oslo vont rivaliser de violence pour tuer la paix. Dès le 16 avril 1993, le Hamas commet son premier attentat–suicide (2 morts). Quelques mois plus tard, le 25 février 1994, à Hébron, un colon extrémiste juif, Baruch Goldstein, abat 29 Palestiniens et en blesse 125. Rabin est révulsé par cet acte. Lequel sera suivi, entre le 6 avril 1994 et le 21 août 1995, par quatre attentats-suicides du Hamas (26 morts et plus de 200 blessés) et trois du Jihad islamique (49 morts et plus de 90 blessés). La droite nationaliste, qui accuse Rabin de « brader la terre d’Israël », en profite pour lancer une violente campagne de dénigrement, allant jusqu’à représenter le leader travailliste en uniforme de SS ou dans le viseur d’un sniper.
Le Premier ministre ne se laisse pas intimider, martelant qu’« il faut négocier comme s’il n’y avait pas de terrorisme, et combattre le terrorisme comme s’il n’y avait pas de négociations ». En septembre 1995, il fait adopter de justesse les accords d’Oslo II, qui prévoient le retrait de Tsahal des grandes villes palestiniennes. Cet accord aggrave la fracture entre la gauche et la droite. L’opinion, fragilisée par les attentats, paraît de plus en plus sceptique.
Embusqué parmi les badauds, Yigal Amir, qui pourtant se trouvait sous la surveillance des services de sécurité intérieure du Shabak, surgit et l’abat de trois balles dans le dos
Pour relancer l’espoir, la gauche organise un rassemblement le 4 novembre 1995, à Tel-Aviv, dans ce qui est alors la place des Rois-d’Israël. Devant une foule immense, Yitzhak Rabin et Shimon Peres se donnent l’accolade avant d’entonner la « chanson de la paix ». À 21 h 30, le Premier ministre quitte l’esplanade et se dirige vers sa voiture, quand, embusqué parmi les badauds, Yigal Amir, qui pourtant se trouvait sous la surveillance des services de sécurité intérieure du Shabak, surgit et l’abat de trois balles dans le dos.
Au lendemain de ses funérailles nationales à Jérusalem, auxquelles assistent une centaine de chefs d’État, Shimon Peres assure l’intérim. Mais le Prix Nobel de la paix 1994 – payant peut-être la riposte sanglante du Hamas à l’assassinat ciblé, en janvier 1996, de Yahya Ayache – est battu aux législatives de mai par Benyamin Netanyahou, que la gauche accuse d’avoir orchestré la campagne de haine contre Rabin et qui devient le nouveau chef du gouvernement.
Dans ses Mémoires, rédigées en 1998, Leah Rabin écrira à son propos : « Je prie pour que les jours de sa coalition soient comptés. Netanyahou est un corrompu et un menteur qui est en train de ruiner tout ce qu’il y a de bien dans notre société. Il a tout réduit en miettes. Il va nous falloir maintenant tout reconstruire. »

Jeune Afrique



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